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Un bout de chemin ensemble |
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Un rite : se laver les mains |
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Au lever, la lumière du soleil claque, horizontale, sur les crêtes ocres et érodées qui nous entourent. Les cris des gamins résonnent déjà dans l'air limpide, un paysan vient labourer, avec ses deux mules et sa charrue de bois, le lopin qui jouxte notre camp.

On repart vers l'est, remontant la vallée, pour une étape de liaison vers Taarart. La piste traverse quelques villages aux maisons de torchis. Coupant une boucle de la piste, nous traversons les champs et vergers sur les berges de l'oued, ce qui nous vaut la rencontre inoubliable de Malika.

Elle vient de charger son âne des pissenlits fraîchement cueillis, et Lahcen tient le licol pendant qu'elle enfourche en riant. La bête, taquine, s'emballe et veut rentrer au trot, éparpillant chargement et cavalière. L'épisode fait rire tout le monde, on fait ensemble un bout de chemin.
Malika a seize ans, le port altier, la fierté dans le regard - genre "je suis jolie à regarder et je le sais" - et se prête volontiers aux photos, prenant même la pose. Elle est tête nue - est-ce un peu de sa liberté? - et ne remet son foulard qu'à l'approche de son village : je l'imagine volontiers femme libre, résolue à affirmer sa féminité dans une communauté où ses soeurs n'ont d'existence sociale qu'à travers les hommes, pères, frères ou maris.
Arrivés au village, elle nous quitte sans un au-revoir, au trot rapide de son âne. Quelle n'est pas notre surprise quand elle nous rattrape en courant à travers la mosaïque des champs, pour nous inviter à boire le thé à la maison de ses parents. On dit oui : Malika est radieuse. Nous sommes accueillis comme des princes dans la maison de terre, accrochée à la soulane, et installés dans la pièce fraîche aux murs peints, aux tapis et coussins multicolores. Nous attendent Saïd son père, Aïcha sa mère, ses soeurs et le petit Saïd son neveu, qui trouve en Lahcen un épisodique tonton de jeu. Puis Malika passe, toute fière, parmi nous avec une aiguière, une bassine et une serviette pour nous laver les mains. Sur les tables basses, rondes, en bois peint, on nous apporte le thé, le pain chaud, l'huile d'olive et la confiture d'oranges. Régal pour le palais mais surtout pour le coeur, tant l'invitation et l'offrande sont amicales et sincères : le plaisir qui brille dans leurs yeux semble au moins aussi intense que le notre. Nous leur donnons en remerciement quelques stylos et autres bricoles qui traînent dans nos sacs. A Marianne qui a eu l'hommage du fauteuil pliant, Malika offre un collier de perles tissées, qu'elle lui noue autour du cou d'un geste joyeux et plein d'affection. Marianne, muette, rosit de confusion. Au moment de partir, on passe par la terrasse qui surplombe la vallée : photos de groupe, les femmes de la maison emmènent Marianne au jardin, on immortalise l'instant. On se dit au-revoir après avoir promis d'envoyer les photos. On retiendra du village de Massou une belle leçon d'hospitalité.
Malika et la foule babillarde des petites filles du village qui nous tiennent par la main - elle ne sont en fait intéressées que par nos bagues, colliers ou bracelets - nous escortent loin sur la piste. Après avoir renvoyé les petites, Malika nous accompagne encore un bout de chemin : dernières embrassades et dernières photos. Nous continuons notre chemin en silence, visiblement émus de tant de chaleur humaine.

Arrivée à Taarart pour un repas de midi à l'heure espagnole, sous la grande tente. Après-midi farniente, sous les regards curieux - et un peu agaçants, à force - de l'inévitable volée de gamins.
Je vais faire trois pas dans le village, étagé au pied de la soulane. De là, la crête d'en face, tout d'ocre ravinée de neige, paraît toute proche et se dresse, verticale sur le ciel bleu, telle un génie tutélaire veillant sur village et vallée. Ici, à tour de rôle un homme du village garde les bêtes de ses concitoyens. C'est l'heure du retour du pâturage, et chacun attend qui sa mule, qui sa vache, sur le pas de sa porte, pour la reconduire à l'étable. Je déambule sur les chemins soutenus de murets de pierres sèches, dans le dédale de ruelles séparant les maisons : murs de torchis, charpentes apparentes de rondins de peuplier, fenêtres ornées aux grilles retorses, portes peintes de motifs aux couleurs vives. Les hommes les plus âgés, en chech et djellaba, assis en rangs d'oignons le long des murs, lézardent. Les femmes apparaissent à leur porte, robes chatoyantes dans la lumière calme et dorée de la fin d'après-midi, et disparaissent aussitôt dans la pénombre de leur intérieur.
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A travers la mosaïque des champs |
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Devant la maison de Malika |
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Huile d'olive, confiture d'oranges |
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En attendant le retour des bêtes |
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