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Tôt ce matin, je monte chercher le premier soleil sur le versant ouest du cirque de Boucherig. Le vol d'un corvidé solitaire qui traverse le cirque, son cri rauque qui ponctue l'espace dans l'air transparent, la lumière neuve et le silence, tout contribue à une impression de premier matin du monde. Des images de mesas arizonniennes se bousculent dans ma tête, celles vues de mes yeux dans la Grande Réserve Navajo, et celles suscitées par la lecture des romans de Tony Hillerman : pureté d'une nature à la fois vierge et hostile, rien d'étonnant qu'elle ait inspiré à ce peuple une spiritualité dominée par la recherche de hozro, l'harmonie.
Ce cirque a une acoustique de théâtre antique : le moindre crissement de caillou sous le sabot des mules, le moindre froissement de toile de tente, me parvient avec une acuité, une définition, telles qu'on les pourrait croire émis tout contre mon oreille. A mes pieds, le camp s'éveille doucement, je redescends.
Départ peu avant 8h pour les crêtes d'Izi Lal'n que nous parcourrons d'un bout à l'autre. Leurs croupes trichromes - rouille la terre, noire la pierre, olivâtre les boules des buissons épineux - ondulent autour des 3000m. De là, en équilibre entre deux vallées, nous surplombons le cirque de Boucherig pour un dernier regard au sud, et au nord la naissance de la vallée de l'oued Moulouya et le bourg de Midelt.
Le temps se gâte et nous atteignons le col de Bouroco sous une promesse d'orage. Avant que les nuages nous les cachent, nous pouvons voir, à portée de main le sommet du Jbel Ayachi qui nous montre sa face est, et un peu plus loin vers l'ouest, la crête d'Ichmi enneigée. Repas rapide alors que résonnent les premiers coups de tonnerre et on redescend vite de l'autre côté.
Le camp nous attend à l'entrée des gorges d'Ichmi, où l'on plante les tentes vite avant la pluie, qui n'a pas l'air de vouloir tomber. Au moment de se coucher, le ciel est clair avec un maudit paquet d'étoiles.
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