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Lever avec un demi-soleil; départ par les gorges d'Ichmi, véritable coup de hache dans la falaise rouge, dans lequel se précipite le torrent surgi de terre sous notre camp. De l'autre côté, ce sont les premiers cèdres et le débouché sur une belle vallée : forêts de chênes verts, buis, cèdres, champs en terrasses, bergeries habitées. Croisant un troupeau, nous faisons la rencontre d'un chien blanc, contrefait mais sympathique, qui se met à nous suivre.
Nous poursuivons notre chemin et quittons la vallée sur une piste forestière, au milieu d'une végétation dont nous avions perdu l'habitude, presque luxuriante. Le temps se couvre et nous accélérons le pas.
Repas de midi brouillardeux, au programme : l'escapade de Brigitte (rattrapée non sans mal par Brahim) et lentilles dans la brume (sans Sigourney Weaver). Nous reprenons le chemin avec la pluie qui va crescendo, et c'est mouillés et crottés que nous arrivons à la maison forestière de Midkhane. Ne serait le temps, le site est superbe : jardins et verger en fleurs en lisière de forêt, aux pieds des crêtes enneigées. On se réfugie dans la grande tente que les muletiers ont montée à temps.
Ils ont aussi trouvé, dans un appentis de la maison, un four traditionnel en terre : ils y allument aussitôt du feu et s'y acagnardent. Pierre, Marianne et moi nous y réfugions une bonne partie de l'après-midi, à papoter avec eux en faisant sécher nos habits trempés. Mohamed a déjà préparé le pain, dont les galettes attendent à côté. Comme je m'y trouve au moment de la cuisson, Lahcen partage le premier pain, fumant, que nous dévorons à belles dents, en une gourmandise hautement symbolique.
Nuit fraîche et humide, la pluie se transforme en neige. Dans la grande tente, le chien blanc est venu tenir chaud à Marianne, qui le chasse. Au petit matin, elle s'écriera : "On va tous mourir ici!"
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